Une série d’animations à Pléhédel (Côtes d’Armor)

La Commune de Pléhédel à l’initiative de la bibliothèque propose de découvrir à partir du 26 mars et jusqu’au 2 avril une exposition temporaire et un programme d’animations sur la  pêche à Islande et à Terre-Neuve.
Cette exposition rappelle à travers des objets ce que fut il y a deux siècles le quotidien des matelots engagés dans l’activité morutière. Elle permet de comprendre l’importance de ces virées lointaines mais aussi à travers les objets et les documents les difficultés des pêcheurs d’antan en milieu hostile. Une causerie qui aura lieu le samedi 27 mars réunira tous ceux qui se sentent concernés dans leur passé familial par la mémoire du Grand Métier.

D’autre part il est difficile d’évoquer l’épopée de la pêche à la morue et plus particulèrement l’épopée islandaise sans évoquer Pierre Loti à qui l’on doit de l’avoir portée à une connaissance quasi universelle. Paimpol et sa région doivent à Pêcheur d’Islande une partie de leur notoriété.

                                                                     Voir : Tout le programme

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La Grande Pêche à Islande et à Terre-Neuve

Pendant plusieurs siècles, la pêche à la morue a tenu une place prépondérante dans l’économie de plusieurs régions de notre littoral. Elle a fait vivre la Baie de St-Brieuc, la côte de Goëlo et du Trégor autant que St-Malo, Fécamp ou Dunkerque. A l’apogée de la pêche à Islande Paimpol armait 80 goélettes, une flotte imposante qui non seulement donnait du travail aux « gens de mer » mais nécessitait l’existence de nombreuses activités commerciales, artisanales et industrielles directement liées à l’armement des navires et à la vente de la « morue verte » et de la « morue sèche ».Chaque année du milieu de l’hiver au début du printemps, des centaines de goélettes ou trois-mâts et leurs matelots partaient pour des campagnes de six à huit mois, à des milliers de kilomètres de nos côtes.

 
Jusqu’en 1900 les voiliers eurent l’exclusivité de cette pêche, avant que les chalutiers n’apparaissent. 1935 marque la fin de la pêche sur des navires à voiles. Les équipages étaient composés de marins, mais aussi de nombreux paysans qui retrouvaient leurs champs au retour- si toutefois ils revenaient… Dans ces mers froides et dangereuses où sévissent tempêtes violentes et brumes épaisses, la menace de mort étaient permanente.
Malgré les souffrances et les successions de sinistres endeuillant régulièrement les familles, les hommes embarquaient chaque mois de février ou de mars pour Terre-Neuve ou Islande. On y voyait volontiers pour les mousses une éducation virilisante mais surtout comme le dit une veuve d’islandais, citée par Mgr Kerleveo : « Ar bara e oa du-haut…Le pain était la-bas ».

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Histoire de la Grande pêche dans la région de Paimpol

La pêche à Terre-Neuve a commencé au début du XVI° siècle comme l’atteste la Charte de Beauport de 1514 accordant aux marins de Bréhat la dispense de taxe sur le poisson pêché hors des eaux territoriales.

Au XVIII° siècle Terre-Neuve est le lieu le plus fréquenté des morutiers français dont ceux de la Baie de Saint-Brieuc. En 1713 par le Traité d’Utrecht signé par l’Angleterre et la France au terme de la guerre de succession d’Espagne, la France perd toutes ses positions sur Terre-Neuve mais reçoit un droit de pêche et de sècherie sur une partie de la côte Est et Ouest (le French Shore) à condition qu’il n’y ait pas d’établissements permanents et que les pêcheurs quittent ces rivages à la fin de la saison de pêche.

En 1787 la campagne de pêche de Paimpol engage au moins 12 navires dans les expéditions pour Terre-Neuve.

En 1835, 1500 marins du pays de Paimpol sont engagés dans cette activité. Pourtant dans cette moitié du XIX° siècle la pêche à Terre-Neuve est en déclin

L’APOGEE

En 1852, un armateur, Louis Morand, suivant les conseils des morutiers dunkerquois, arme un brick-goélette « l’Occasion » pour les rivages d’Islande. Jetée à la côte à sa troisième campagne à Nordfjördur elle ouvre néanmoins la voie à 80 ans de pêche à Islande initiant de nouvelles méthodes de pêche et rompant ainsi avec la politique morutière  de la Baie de Saint-Brieuc qui continue à expédier sur les côtes de Terre-Neuve de forts navires aux équipages importants. Avec l’Islande s’ouvre une ère d’armements plus économiques, mieux adaptés aux ports et aux lieux de pêche.

En 1863,  la libéralisation des dates de départ jusque-là règlementées permet d’allonger les campagnes et il devient possible de livrer la morue par « chasseurs » (petits bateaux armés avec un équipage réduit pour rejoindre les goélettes sur les lieux de pêche à mi-campagne et embarquer la morue) avant l’arrivée des poissons de Terre-Neuve.

De 1863 à 1870, l’effectif de navires de Paimpol Tréguier passe de 41 à 61 unités. La flottille reste très hétéroclite (lougres, sloops, bricks…) et il faut attendre la fin des années 70 pour que Paimpol construise des bâtiments de tonnage important, entraînant un grand essor économique des industries connexes.

Jusqu’en 1886 la flottille des goélettes reste stationnaire avec une cinquantaine de voiliers islandais manoeuvrés par près de 800 matelots alors que l’on voit l’armement des terre-neuviers diminuer (1892 : 56 islandais, 1 terre-neuvier)

En 1895 le port de Paimpol est à son apogée pour l’armement de la Grande Pêche avec 83 armements dont 80 islandais et 1200 marins.

De 1895 à 1900, les résultats de la pêche décroissent. Qutre navires sont portés disparus pour la première campagne du siècle.

De 1900 à 1905 les armateurs de Paimpol conservent le mode de pêche en goélette et l’euphorie d’une activité lucrative  occulte les signes d’un déclin des rendements. Les chantiers continuent à construire, le port construit de nouveaux bassins.

En 1907, l’armement enregistre une chute brutale : Paimpol arme 53 navires.

En 1911, seules 20 goélettes font route vers l’Islande et Paimpol reprend la pêche à Terre-Neuve avec 7 bateaux.

 LE DECLIN

Dans la première décennie du XX° siècle, la pêche à la morue qu’elle fut de Terre-Neuve ou d’Islande, va connaître une décadence qui commence en 1906-1907 et que la Première Guerre Mondiale va accélérer.

La conjonction de plusieurs faits accentue la tendance :

  • Entre 1904 et 1914, 32 navires font naufrage.
  • 1914-1918 va précipiter la décadence ne réduisant l’activité morutière : un grand nombre de pêcheurs sont mobilisés et au fil des hostilités nombre de goélettes vont servir de cibles aux sous-marins allemands (La Louise, L’Edelweiss, la Mascotte).
  • La concurrence étrangère fait baisser le cours de la morue fraîche.
  • En 1922, le gouvernement islandais ferme ses eaux territoriales aux navires étrangers pour présever ses pêcheries et sa production, rendant impossible le transbordement de la morue sur les « chasseurs ».
  • Le coût de la construction et de l’exploitation des grands voiliers en bois ne cesse d’augmenter.
  • 1926 voit la fin de la pêche à Terre-Neuve. La pêche à voile devient archaïque et la motorisation des derniers navires (Goëlo, Butterfly, Glycine) n’est pas suffisante pour rentabiliser ce nouvel investissement.
  • La main d’oeuvre s’en va vers d’autres métiers moins pénibles.
  • L’économie agricole prend son essor sur le marché de Paimpol.
  • La flotille islandaise se réduit en 1934 et 1935 à 2 unités, les dernières. L’une d’elle, la Butterfly se perd en mer, l’autre la Glycine, effectue seule, en 1935, son dernier retour après 23 campagnes.

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Les deux campagnes de la pêche à Islande

 Les bateaux quittent les ports bretons au moment de la grande marée de Février. 

La traversée :

Pour la traversée deux routes sont possibles :  l’une,  la plus fréquentée,contourne l’Irlande par l’Ouest, elle est sans écueils mais elle oblige les voiliers à tirer des bords pour gagner le large et expose aux vents violents de l’Atlantique. Par ce trajet la traversée dure 8 à 14 jours. L’autre, plus courte mais très dangereuse en raison des nombreux récifs emprunte le canal Saint George entre l’Irlande et l’Angleterre et permet d’atteindre l’Islande en 5 ou 6 jours.

 

 

Carte des pêches :

 

La première pêche :

 La première pêche a lieu  dans le Sud de l’Islande en février,  mars, avril et dure jusqu’au milieu du mois de mai. Cette période est lucrative parce que la morue est abondante car elle est en pleine période de frai. Mais l’hiver est rude, les dangers nombreux, le navire se trouvant à proximité de la côte. Ce sera une des causes  des nombreux naufrages lors des tempêtes d’hiver.

Pêche au large des redoutables îles Vestmann

bateaux et icebergs

Goélette échouée en Islande

 

Entre deux campagnes, la planche …

 Vers le 15 mai les goélettes se rendent dans  les baies  des côtes Ouest et Est  où  elles restent 8 à 10 jours  période appelée   la planche.

… dans les fjords :

(Photos, collection particulière)

Les goélettes,  par  leur  petite  taille  par  rapport  aux  terre-neuviers, ne peuvent pas stocker en cale la totalité d’une campagne de pêche. Le chasseur bateau spécialement armé pour l’approvisionnement des goélettes et avec un équipage réduit de 6 à 8 hommes, vient prendre le poisson de la première pêche, apporter des vivres, du sel, des engins de pêche, des voiles de rechange ainsi que le courrier et les nouvelles du pays.

chasseur au milieu des goélettes

 Les hommes descendent à terre pour effectuer des achats (vêtements, boissons, tabac)…

pour faire leur lessive et une toilette moins sommaire qu’à bord profitant des sources chaudes…

 

 On nettoie et répare la goélette, renouvelle la provision d’eau et l’on complète l’avitaillement  du  navire.

La deuxième pêche :

La deuxième pêche a lieu  dans l’Ouest et le Nord de l’Islande quand la fonte des glaces permet le passage. Le temps est plus clément mais juin/juillet présentent le danger de brouillards épais : la boucaille.

Le retour :

Le retour commence dès septembre.

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La goélette islandaise

A l’origine on a le breton « gouelan », qui veut dire « pleurer » et qui donne son  nom au  goéland, oiseau  pleureur.  Mais le  goéland  est  aussi  un  bel oiseau  blanc, à  la  silhouette élégante : à son tour  il a donné  son nom à la goélette  pour sa forme  élancée et  l’impression de légèreté qu’elle dégage.  

goélette paimpolaise

 La goélette islandaise a éliminé progressivement les brigantins, bricks, lougres, sloops, chasse-marées…mal adaptés aux conditions de tempête de la mer d’Islande.  A partir de 1880 la goélette à hunier devient le navire islandais par excellence. Elle fut conçue et modifiée progressivement grâce aux  indications  des  capitaines  jusqu’à  devenir   le  bateau le mieux adapté  à  la  pêche  errante  telle  qu’elle  se  pratique  en  Islande :  à la  fois légère pour   bien lever à la lame  et rapide pour bien tenir le « près » même par  mer  très  dure. Robuste  et  très  marine, elle  se  laisse  porter  sous voilures  réduites  même avec une  bonne cargaison.  

   

La Jeanne 1902

l'Edelweiss, modèle de goélette telles qu'elles furent construites après 1880

Belle apparence, reconnaissable à sa voûte élancée, à la mâture verticale et souvent souquée vers l’avant et au hunier du mât de misaine, qu’on manoeuvrait du pont.

Le hunier

Sa silhouette est bien connue grâce aux deux goélettes actuelles de l’Ecole Navale : L’Etoile  et  La Belle Poule construites sur le modèle des goélettes islandaises.

Les dimensions de la goélette islandaise sont en moyenne :

  • 35 mètres de longueur
  • 7 mètres 50 de largeur
  • 200 tonneaux, dotée d’une cale de 5 mètres de profondeur
  • surface totale de la voilure environ 460 M2
  • Sa vitesse va de 7 à 10 noeuds
  • l’équipage est de 20 à 22 hommes

 

Les voiles de la goélette islandaise :

Voiles de la goélette René, 1905, Chantiers Bonne  Lesueur

Manoeuvres des voiles :                                                         

Coupe de la coque d’une goélette : En (A) se trouve le carré où loge l’état –major, seul le capitaine a droit à un semblant de cabine : tout le monde couche dans des cabanes, sortes de lits clos aménagés dans les parois du carré

 En (B) une soute et en (C) une cambuse  permettant de serrer toutes sortes de  provisions et  de matériel

 En (D) est la cale à vin et à cidre où l’on  ramasse  aussi les provisions d’eau de vie

 (E) est la cale à poisson, elle est traversée  verticalement par les épontilles soutenant  les  barrots du pont et par l’archipompe  (F) entourant  le pied du grand mât

 (H) est le puits aux chaînes
En (J) on trouve le poste d’équipage où s’entassent les hommes : ils y dorment dans leurs cabanes, s’y reposent et y prennent leurs repas. En dépit du petit poêle à charbon dont le tuyau sort par la claire-voie l’humidité y est constante et il faut fermer la descente pour éviter les paquets de mer. C’est dans cette ambiance confinée et dans des conditions d’hygiène et de saleté déplorables que des islandais vivent pendant près de 6 mois.

Sous le plancher du poste sont aménagés en (K) les caisses à eau potable.

Enfin (L) est le « gaviot où sont stockés les provisions de charbons de bois et de terre pour les poêles et la cuisine.

  Extrait de Jean Le Bot :  Les Bateaux des côtes de la Bretagne Nord aux derniers jours de la voile.

 

La Glycine dernière goélette islandaise de Paimpol a fait sa dernière campagne de pêche en 1935.

 

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Campagnes de pêche sur les bancs de Terre-Neuve

 La traversée  

Terre-neuvier en route

 
 
Les  navires,  des trois-mâts, appareillent en Février/Mars. En cette période le capitaine prend généralement la route sud descendant vers l’Espagne pour rentrer dans la zone des alizés de Nord-Est. La traversée dont la durée s’est réduite au cours des décennies,   grâce  au perfectionnement des navires et des instruments de mesure, dure un peu plus de 4 semaines.

 L’arrivée sur les bancs

L’approche des bancs est nettement indiquée par un froid très vif, l’apparition de la brume et la rencontre des bandes de « godillons » oiseaux proches des guillemots puis, sur les bancs, des « dadins » oiseaux à la chair comestible.

L’arrivée sur les bancs exige de soigner la méridienne et de sonder souvent pour ne pas manquer « l’atterrissage » car entre 42° et 45° les fonds peuvent aller de 1000m à 60m.

La campagne sur les bancs dure environ six mois.

La morue est très abondante sur les bancs car la carte des courants (Gulf-Stream et Labrador), l’embouchure du Saint-Laurent chargé de déchets organiques, créent un milieu propice à la vie des espèces mais les conditions de pêche en hiver sont extrêmement dures dans ces mers où alternent brumes épaisses et vent violent, sans oublier les glaces flottantes et les icebergs.

 

 

 

 

Dans la pêche errante avec les doris, de plus en plus pratiquée, la morue est préparée et salée à bord et souvent les hommes ne voient pas la terre pendant toute la campagne. 

 

Le retour

 A la fin du mois d’Août, les trois-mâts rejoignent les grands ports français de décharge (Marseille puis La Rochelle et surtout Bordeauxet Bègles) où la morue est vendue. Une partie de l’équipage est rapatriée en Bretagne par train, une autre continue la campagne pour des activités commerciales.

les bateaux attendent pour décharger la morue dans la rade de Bordeaux

Débarquement de morue à Bègles

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Le trois-mâts terre-neuvier

 

Le navire terre-neuvier  de la fin du XIXème est un solide trois-mâts sur lequel étaient embarqués les doris : on les voit ici empilés sur le pont.

Ces bateaux d’une tonture assez prononcée et élégante ont la varangue assez plate et le maître couple bien rempli pour être porteurs. Les façons de  l’arrière   douces  lui  donnent  une  marche  avantageuse  et  l’avant, légèrement déversé,  est muni d’un guibre d’un très joli dessin souvent orné d’une sculpture.

Les principales dimensions d’un terre-neuvier sont en moyenne :

  • longueur de 45 mètres hors tout
  • largeur maximum de 9 mètres 30
  • 380 tonneaux de jauge brute
  • 4 mètres 25 de tirant-d’eau

 

 

 Il est grée en barque ou en goélette. Le trois-mâts barque  a ses deux premiers mâts (misaine et grand mât) qui portent des voiles carrées (en forme de trapèze), tandis que sur le trois-mâts goélette  seul le mât de misaine est grée avec ce type de voile.

Plan de voilure d’un terre-neuvier  de 480 tonnes, soit 785 m2  de surface totale. Indépendamment des deux voiles goélette dont on sait le maniement aisé, une voilure aussi divisée permettait de bonnes conditions de navigation par tous les temps, même avec un équipage réduit à la manœuvre.

Autre caractéristique des terre-neuviers : le doublage en cuivre, seul remède radical contre le taret, parasite du bois qui abonde dans les eaux de Terre-Neuve et devenu un véritable fléau dans le mode de pêche errante adopté lors  des  campagnes  à  Terre-neuve.  Les derniers bateaux  au début du XXème siècle furent des constructions  en acier. Tel  le dernier terre-neuvier (quatre- mâts goélette, morutier mixte motorisé), le « Zazpiakbat » appelé plus familièrement « Zaza »

Tous les apparaux de mouillage jouaient un rôle important dans le terre-neuvier puisque le bateau effectuait la pêche au mouillage, l’équipage embarquant dans les doris.

Le dispositif  le  plus  important  était  le guindeau qui permettait de relever la chaîne d’ancre toutes les fois que le bateau changeait de mouillage. Un énorme progrès dans les derniers temps des terre-neuviers fut la mécanisation des guindeaux.

 

 

Plan d’un navire morutier

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Pléhédel : mémoire de la Grande Pêche ?

 

 En 1886 il y avait 1760 habitants se répartissant entre les 190 maisons du bourg et dans les 40 hameaux de la Commune.

 De quoi vivait-on alors ? Au bourg se trouvaient la plupart des commerces : 8 auberges, 3 épiceries, 3 bouchers, 3 couvreurs, 3 boulangers, 3 forgerons, 7 menuisiers etc…Dans les hameaux demeuraient beaucoup de filandières, de tisserands, de tailleurs, de lingères, de couturières et naturellement des meuniers.

 Quelle place tenait donc la mer dans une commune à vocation rurale, vivant et se nourrissant essentiellement du travail de la terre ? L’on aurait tendance à croire que la mémoire de la Grande Pêche n’existe que  dans les communes plus littorales. Pourtant il y eut des marins à Pléhédel.

Depuis quand ?

Dès 1820 quelques marins apparaissent dans les publications de mariage de la Commune. Ils sont souvent de Plouézec ou de Plouha. Les pléhédélaises sont leurs paimpolaises.

Entre 1830 et 1840, outre les innombrables laboureurs, cultivateurs et tisserands, on repère chez les nouveaux mariés quelques marins nés à Pléhédel, souvent unis à des filandières : ainsi Julien Derrien, André Julou et Jean Héry. Ceux-là ont-ils été les premiers à partir pour Terre-Neuve ?

Entre 1840 et 1860, sur les treize ou quatorze mariages annuels, le nombre de marins augmente et passe de 2 à 4 en moyenne.

Ensuite ils seront tous les ans cinq ou six à convoler et vers 1900 il y aura souvent un ou deux quartiers-maîtres. Quartiers-maîtres manoeuvriers amarinés à Islande ou quartiers-maîtres canonniers formés pour le Tonkin. Leurs galons plaisaient aux couturières, filles des filandières.

 

Combien sont-ils entre 1876 et 1906 ?

Entre ces deux dates les recensements quinquennaux permettent de repérer que le nombre de marins resta à peu près constant : entre 150 et 170 environ.

Dans celui de 1886 par exemple on dénombre 74 marins « chefs de famille » et 82 célibataires, jeunes pour la plupart. A la même date il y avait 99 cultivateurs et 30 laboureurs, les uns et les autres « chefs de famille ». Ceux-ci étaient donc plus nombreux que les marins de même statut. Mais leurs enfants de plus de 14 ans, eux aussi nommés cultivateurs ou laboureurs, étaient 72. Ils étaient donc moins nombreux que les jeunes marins.

Ainsi en cette année de la publication de « Pêcheur d’Islande » il y avait a Pléhédel plus de jeunes hommes « en mer » que  « à la terre ». Pourquoi ?

 

Pourquoi tant de marins à Pléhédel ?

En 1896 ceux  qui  se  désignaient  comme  « propriétaires », « fermiers »  et « cultivateurs » parce qu’ils avaient de la terre à cultiver, étaient au nombre de 138 dans la Commune : 23 de leurs fils étaient marins.

La même année les marins, les laboureurs et les journaliers « chefs de famille »  n’étaient au total que 105,  mais 40 de leurs fils étaient marins, c’est-à-dire deux fois plus nombreux que les fils du groupe  précédent.

Beaucoup de fils de veuves aussi étaient marins.

Ces chiffres répondent à la question posée : il fallait partir en mer quand il n’y avait pas assez de terres pour nourrir la famille.

Partir…

Les marins du Goëlo partaient vers les mers du nord,                         

comme leurs soeurs   partaient travailler à Paris,

comme leurs cousins laboureurs partaient « faire la saison à Jersey »,

comme les Irlandais, les Calabrais et les Galiciens partaient vers les Amériques…                             

 

Où partaient ces marins ?

Le recensement de 1886, très  consciencieusement  fait, indique  que la grande  majorité  des  marins  de  la  Commune étaient à la Grande Pêche.

56 étaient à Islande et ils étaient le plus souvent partis de Paimpol ou de Binic.

36 étaient dans les parages de Terre-Neuve : à Saint-Pierre-et-Miquelon, dans le Saint-Laurent ou à l’Île Rouge. Ceux-là étaient plutôt partis de Saint-Malo, de Granville ou de Fécamp.

10 autres, plus âgés sans doute et plus chanceux aussi, avaient trouvé un embarquement dans la navigation de commerce au long-cours. La plupart des 54 restants sont recensés comme « Marins de l’Etat ». Mais on remarque que la moitié d’entre eux avaient entre 21 et 25 ans. C’est qu’ils « faisaient leur service »,  qui  durait  alors  plus  de  trois  ans. Ce  devoir accompli, souvent ils se mariaient et repartaient à la pêche, comme l’aurait fait  Sylvestre de  « Pêcheur d’Islande », s’il  n’avait  pas  été  frappé à mort  au Tonkin.

Repartir pour affronter l’enfer du froid, de l’épuisement…la mort peut-être.

 

Combien de disparus, à Pléhédel, jusqu’en 1906 ?

Il y a ceux qui ont péri dans un naufrage comme Yann de « Pêcheur  d’Islande » et ses compagnons de la Léopoldine et comme tant d’autres.

Mais il y a aussi ceux qui ont disparu seuls en mer ou sont décédés à bord de leur navire ou dans les hôpitaux de Saint-Pierre ou d’Islande.

Ils furent au moins 30 à Terre-Neuve et 24 à Islande à connaître ce sort entre 1857 et 1906.

  • 2   sur  la  goélette  La Petite Jeanne   de  Binic  à  Islande  en  mars 1887 .
  • 1    sur  la  goélette  La Margueritte  de  Paimpol  à  Islande  en   mars 1888 .
  • 1  sur la goélette   Marie Victor  de Binic  à  Islande  en  mars  1892.
  • 2  sur  le wary  Léontine   de  Saint-Pierre et Miquelon  en  avril 1892.
  • sur le wary  Emilie 4  de  Saint-Pierre et Miquelon en octobre 1892.
  • 1  sur la goélette saint-pierraise   Marie Marguerite  en juin 1893.
  • sur la goélette  Notre-Dame de la Rance  de Paimpol  en octobre 1894.
  • sur la goélette  Caroline  de Paimpol  en avril 1895.
  • 4 sur la goélette  Violette  de Paimpol  à Islande  en mars 1897.
  • sur la goélette  Marie-Augustine  de Binic  en mars 1898.
  • 3  sur la goélette  La Brune  de Paimpol   en avril 1901.
  • sur la goélette   Alice  de Paimpol à Islande  en mars 1903.
  • 3  sur la goélette  Jolie Brise  de Paimpol  en février 1904.
  • 3 sur la goélette Marie Louise de Paimpol en février 1905.

   

 

Ils étaient les plus jeunes des 150 marins de Pléhédel

 à Islande ou à Terre-Neuve en 1906.

  Certains d’entre vous en auraient-ils connus ?     

                                      

Joseph BINNIGUER, 17 ans                           Pierre BOLOCH, 19 ans

Edouard FICHOU, 19 ans                                 Yves Marie FORGERON, 17 ans

Jean FURET, 17 ans                                            Joseph FURET, 18 ans

Jean GALOPIN, 16 ans                                       Jean GOUEZOU, 19 ans

Joseph JOUANJEAN, 20 ans                          Jean Marie KEROMES, 18 ans

+Yves Marie KEROMES, 16 ans             François KEROTRET, 19 ans

Emmanuel KERRIEN, 19 ans                           Théophile LANCIEN, 16 ans

Jean LARIVAIN, 17 ans                                +François LARIVAIN, 20 ans

Yves LARIVAIN, 20 ans                                  Jacques LEBRUN, 13 ans

+Pierre LE CALVEZ, 18 ans                     Joseph LE COZ,  18 ans

+François LE DU, 18 ans                           Guillaume  LE DU, 17 ans

Jean LE DU, 20 ans                                            Joseph LE DU, 18 ans

François LE GOASCOGNE, 18 ans                Jean LE GOASCOGNE, 13 ans

Guillaume LE GOFF, 20 ans                           Emile LE GONIDEC, 17 ans

Jacques LE TARIN, 20 ans                            Pierre LE TARIN, 18 ans

François LE TOUX, 20 ans                             Eugène LIBOUBAN, 19 ans

Guillaume OLLIVIER, 19 ans                        Edouard PAUL, 18 ans

+Joseph SEHAN, 18 ans                           

(+) Ceux-là ont leur nom sur le monument aux morts de la commune.

 

Parmi ces jeunes de 1906 il y a Edouard FICHOU,  fils d’Edouard, marin lui-aussi.

Est-ce lui qui en 1913 reviendra d’Islande sur une goélette chargée de 54992 morues, dont la vente allait rapporter 75773 francs ?

Ce fut une assez bonne campagne pour l’armateur, moins bonne pour Edouard FICHOU.

Il avait lui,  pêché 2005 morues et ainsi gagné 748 francs 47.  Mais de cette somme il fallait déduire :

  • une avance de départ de 200 francs.
  • une autre avance de 112 francs, sans doute accordée à la famille.
  • un prélèvement  de 37 francs 42 pour la Caisse d’Invalidité.
  • un prélèvement de 5 francs 61  pour la Caisse de Prévoyance.
  • un prélèvement de 1 franc  pour la Caisse de Secours de Paimpol.
  • un prélèvement de 15 francs pour le tabac.                                              

De la sorte, à son retour de campagne en 1913  Edouard Fichou  ne reçut  que  377 francs 44  pour vivre  et aider sa famille jusqu’au mois de février de l’année suivante. ( J. Kerleveo, Paimpol aux temps d’Islande, T2, p.86). 

                                                      

Parmi ces jeunes de 1906 il y a aussi Guillaume LE TALLEC.

Est-ce lui qui en 1913 reviendra d’Islande sur la même goélette qu’Edouard Fichou ?

En 1913 Guillaume Le Tallec a 40 ans. Il est pour cette campagne, le deuxième meilleur marin du bord avec 3082 morues pêchées. A la fin de la campagne, après déduction d’à peu près les mêmes avances et cotisations que son compagnon, il lui reste à percevoir 655 francs 85.

Il est marié, il va peut-être pouvoir faire quelque achat :

  • un peu de terre au prix de 20 francs l’are ?
  • ou bien un de ces animaux proposés dans quelque vente d’alors : une jument et son poulain pour 600 francs ?
  • deux vaches et leur veau pour 700 francs   ?                                                                                                                                                             

 

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