Histoire de la Grande pêche dans la région de Paimpol

La pêche à Terre-Neuve a commencé au début du XVI° siècle comme l’atteste la Charte de Beauport de 1514 accordant aux marins de Bréhat la dispense de taxe sur le poisson pêché hors des eaux territoriales.

Au XVIII° siècle Terre-Neuve est le lieu le plus fréquenté des morutiers français dont ceux de la Baie de Saint-Brieuc. En 1713 par le Traité d’Utrecht signé par l’Angleterre et la France au terme de la guerre de succession d’Espagne, la France perd toutes ses positions sur Terre-Neuve mais reçoit un droit de pêche et de sècherie sur une partie de la côte Est et Ouest (le French Shore) à condition qu’il n’y ait pas d’établissements permanents et que les pêcheurs quittent ces rivages à la fin de la saison de pêche.

En 1787 la campagne de pêche de Paimpol engage au moins 12 navires dans les expéditions pour Terre-Neuve.

En 1835, 1500 marins du pays de Paimpol sont engagés dans cette activité. Pourtant dans cette moitié du XIX° siècle la pêche à Terre-Neuve est en déclin

L’APOGEE

En 1852, un armateur, Louis Morand, suivant les conseils des morutiers dunkerquois, arme un brick-goélette « l’Occasion » pour les rivages d’Islande. Jetée à la côte à sa troisième campagne à Nordfjördur elle ouvre néanmoins la voie à 80 ans de pêche à Islande initiant de nouvelles méthodes de pêche et rompant ainsi avec la politique morutière  de la Baie de Saint-Brieuc qui continue à expédier sur les côtes de Terre-Neuve de forts navires aux équipages importants. Avec l’Islande s’ouvre une ère d’armements plus économiques, mieux adaptés aux ports et aux lieux de pêche.

En 1863,  la libéralisation des dates de départ jusque-là règlementées permet d’allonger les campagnes et il devient possible de livrer la morue par « chasseurs » (petits bateaux armés avec un équipage réduit pour rejoindre les goélettes sur les lieux de pêche à mi-campagne et embarquer la morue) avant l’arrivée des poissons de Terre-Neuve.

De 1863 à 1870, l’effectif de navires de Paimpol Tréguier passe de 41 à 61 unités. La flottille reste très hétéroclite (lougres, sloops, bricks…) et il faut attendre la fin des années 70 pour que Paimpol construise des bâtiments de tonnage important, entraînant un grand essor économique des industries connexes.

Jusqu’en 1886 la flottille des goélettes reste stationnaire avec une cinquantaine de voiliers islandais manoeuvrés par près de 800 matelots alors que l’on voit l’armement des terre-neuviers diminuer (1892 : 56 islandais, 1 terre-neuvier)

En 1895 le port de Paimpol est à son apogée pour l’armement de la Grande Pêche avec 83 armements dont 80 islandais et 1200 marins.

De 1895 à 1900, les résultats de la pêche décroissent. Qutre navires sont portés disparus pour la première campagne du siècle.

De 1900 à 1905 les armateurs de Paimpol conservent le mode de pêche en goélette et l’euphorie d’une activité lucrative  occulte les signes d’un déclin des rendements. Les chantiers continuent à construire, le port construit de nouveaux bassins.

En 1907, l’armement enregistre une chute brutale : Paimpol arme 53 navires.

En 1911, seules 20 goélettes font route vers l’Islande et Paimpol reprend la pêche à Terre-Neuve avec 7 bateaux.

 LE DECLIN

Dans la première décennie du XX° siècle, la pêche à la morue qu’elle fut de Terre-Neuve ou d’Islande, va connaître une décadence qui commence en 1906-1907 et que la Première Guerre Mondiale va accélérer.

La conjonction de plusieurs faits accentue la tendance :

  • Entre 1904 et 1914, 32 navires font naufrage.
  • 1914-1918 va précipiter la décadence ne réduisant l’activité morutière : un grand nombre de pêcheurs sont mobilisés et au fil des hostilités nombre de goélettes vont servir de cibles aux sous-marins allemands (La Louise, L’Edelweiss, la Mascotte).
  • La concurrence étrangère fait baisser le cours de la morue fraîche.
  • En 1922, le gouvernement islandais ferme ses eaux territoriales aux navires étrangers pour présever ses pêcheries et sa production, rendant impossible le transbordement de la morue sur les « chasseurs ».
  • Le coût de la construction et de l’exploitation des grands voiliers en bois ne cesse d’augmenter.
  • 1926 voit la fin de la pêche à Terre-Neuve. La pêche à voile devient archaïque et la motorisation des derniers navires (Goëlo, Butterfly, Glycine) n’est pas suffisante pour rentabiliser ce nouvel investissement.
  • La main d’oeuvre s’en va vers d’autres métiers moins pénibles.
  • L’économie agricole prend son essor sur le marché de Paimpol.
  • La flotille islandaise se réduit en 1934 et 1935 à 2 unités, les dernières. L’une d’elle, la Butterfly se perd en mer, l’autre la Glycine, effectue seule, en 1935, son dernier retour après 23 campagnes.

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